1)La création du genre
En 1954, Inoshiro Honda présente un scénario à la Toho. Titré Godzilla (Gojira en japonais), il le voit comme une réponse à la vague des films de science-fiction américain, et plus particulièrement au Monstre des Temps Perdus (1953) d’Eugène Lourié dont il s’inspire largement. Mais Honda ne souhaite pas mettre en boite un simple film de monstre destructeur. Son ambition est ailleurs. Godzilla, créature atomique, stigmatise les traumatismes de tout un peuple victime en 1945 de la plus terrifiante création humaine : l’énergie atomique. Avec Godzilla, Inoshiro Honda invente le kaiju eiga (film de monstres en japonais), terme parfois précédé du préfixe Dai, traduisible par « géant ». Certains présentent le King Kong de Cooper (1933) comme le premier kaiju.
2)L’envers du décor
Malgré cette affirmation, le fait est que le genre est d’abord japonais. Ainsi la notion nippone du monstre est différente de celle des occidentaux, puisqu’un kaiju est perçu comme une force de la nature face à laquelle nous ne pouvons rien, et non une force du mal. Contrairement aux productions de cette période qui privilégient l’animation image par image, Honda souhaite qu’un comédien endosse le costume de Godzilla. Ce choix artistique va donner au mythe, et plus largement au genre, toute sa mesure puisque le dernier Godzilla produit à ce jour (Godzilla : Final Wars en 2004) utilise toujours la même technique à l’instar de la majorité des kaigu eiga. Ceci explique la démarche hésitante et maladroite de Godzilla et consorts, et l’aspect carton-pâte des décors miniatures.
3)Godzilla & compagnie
A partir de 1954, les films de monstres japonais vont se succéder avec une frénésie folle pour plus d’une soixantaine de films produits entre 1954 et 2008 ! Outre Godzilla, qui reste le « Roi des Monstres », d’autres créatures s’imposent durablement comme des figures incontournables du genre. C’est le cas de Gamera, Mothra, Rodan, King Ghidorah ou Mecha gozilla. Dans la plupart des cas, les scénarios ne servent que d’alibi à la rencontre de plusieurs monstres et à des séquences de destruction massive et jouissives. Le kaiju eiga compte des millions de fans à travers le monde, et si depuis 2004 Godzilla dort du sommeil du juste, il pourrait se réveiller en 2014 pour venir, une fois encore, faire la démonstration de ses capacités monstrueuses dans un film américain.