1) L’Atlantique : un grand défi commercial
Deux grandes compagnies, la Hamburg Amerika Line et la Norddeutscher Lloyd s’efforcent de dominer le trafic. A la stupeur générale, les allemands ravissent à la Grande-Bretagne le fameux ruban bleu, le trophée accordé au bâtiment qui a effectué la traversée la plus rapide de l’Atlantique Nord. L’Angleterre entend relever le défi. Grâce à un prêt du gouvernement, la Cunard met en service, en 1906 et 1907, deux super-paquebots, le Mauretania et le Lusitania. La White Star, intégrée dans le trust de l’océan fondé par le financier J. Pierpont Morgan, entre à son tour en lice. A l’initiative de son directeur, Bruce Ismay, la vieille compagnie britannique entend mettre en service de 1911 à 1914 trois géants des mers, l’Olympic, le Titanic et le Gigantic qui sera rebaptisé Britannic. Le Titanic est mis en chantier le 31 juillet 1909, trois mois après l’Olympic. Il est lancé le 31 mai 1911 et achevé en mars de l’année suivante. Les essais sont rapidement menés. Ils durent moins de quarante-huit heures et le 3 avril, le paquebot arrive à Southampton, une innovation. La White Star délaisse, en effet, son port d’attache habituel, Liverpool, dont les installations manquent de grandes cales sèches et dont le port n’est accessible qu’à marée haute pour les bâtiments de gros tonnage.
2)De nombreuses innovations techniques
Construis sur les plans, du jeune ingénieur Thomas Andrews, l’Olympic et le Titanic apparaissent comme d’indiscutables réussites. Le système de navigation est à l’avant-garde des techniques de l’époque : compas, barre, table traçante, loch. Le Titanic dispose d’un appareil de détection acoustique d’obstacles immergés. Le Titanic, comme l’Olympic, dispose encore d’une installation TSF type Marconi de grande puissance, située sur le pont des embarcations bâbord, à la suite des chambres des officiers. L’installation téléphonique est encore une des plus modernes de l’époque. Le système est double. Il comporte d’abord « un central navigation ». La passerelle est ainsi reliée à la plage avant, au nid de pie, à la salle des machines et au compartiment arrière. Le mécanicien-chef peut encore entrer en liaison avec la salle des machines et avec chacune des six chaufferies situées dans des compartiments étanches. Quant au système intérieur d’une capacité de 50 lignes, il permet aux cabines de luxe d’entrer en communication avec les différents offices, le bar, le restaurant. La silhouette du Titanic a été particulièrement soignée. Les superstructures limitées à trois étages apparaissent équilibrées et n’écrasent pas l’ensemble du navire. Contrairement à la tradition, la White Star renonce aux deux cheminées traditionnelles au profit de quatre dont la dernière sert uniquement à la ventilation.
3)Un capitaine heureux
Pour son premier voyage, le Titanic bénéficie d’un équipage trié sur le volet. Tous les officiers de pont bénéficient d’une solide expérience. Le mécanicien en chef est, lui aussi, un homme de forte expérience. Il est épaulé par 7 officiers mécaniciens seniors et 17 assistants. Quant à l’équipage, il comprend 894 personnes affectées au « service de l’alimentation », stewards, serveurs, cuisiniers. Ils ont été prélevés sur différents bâtiments de la White Star et beaucoup ont servi sur l’Olympic. L’équipage compte aussi 425 mécaniciens et chauffeurs. Quant au commandant du Titanic, le capitaine Smith, âgé de soixante-deux ans, il fait figure de patriarche de la mer. Vétéran de la marine à voile, il a fait toute sa carrière au service de la White Star. Dix-sept navires ont été sous ses ordres, depuis le cargo Cedric jusqu’à l’Olympic. Il passe pour le commandant le plus expérimenté de l’Atlantique Nord. C’est devenu une tradition de lui confier la direction des bâtiments les plus récents lors de leur voyage inaugural. Smith passe pour un homme heureux. Alors commandant sur l’Olympic, il n’a pu éviter, le 20 septembre 1911, un abordage avec le croiseur léger Hawke. A la veille du départ de Southampton, le commandant semble parfaitement confiant. Ce voyage est le dernier de sa carrière et il compte prendre sa retraite dans son petit cottage de la campagne anglaise.