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III)L’impensable naufrage

   1)Iceberg droit devant

Titanic_EisbergAu moment où la soirée s’achève, le Titanic entreprend la dernière étape de son voyage. A 17h30, il effectue une abattée vers l’ouest pour se trouver sur le parallèle de New York. La vitesse est alors de 21,5 nœuds. Le premier officier Murdock est de quart. Deux veilleurs se trouvent dans la hune, reliés à la passerelle par téléphone. Soudain, à 23h40, les veilleurs tressaillent. Trois coups de cloche, téléphone : « Iceberg droit devant » « Merci » répond Murdock, qui commande aussitôt : « La barre à gauche toute ». Simultanément, il actionne le transmetteur d’ordres : « Stoppez les machines, en arrière toute ». Pendant des secondes interminables, rien ne se produit. Le Titanic ne réagit pas. L’iceberg grandit, devient énorme. Le choc semble inévitable. Lentement, très lentement, l’étrave finit par se déplacer vers la gauche, suffisamment pour que l’obstacle soit évité, du moins en partie. L’avant du Titanic heurte ou plutôt racle l’iceberg, qui défile tout le long de la coque en faisant pleuvoir sur le pont des embarcations une grêle de petits blocs de glace. Le choc a été à peine perceptible. Murdoch ne s’en précipite pas moins sur le levier qui commande la fermeture des portes. Le capitaine Smith arrive immédiatement sur la passerelle. L’indicateur d’assiette affiche une gîte de 5 degrés sur tribord.

   2)D’inquiétants dégâts

TSF_RMS_OlympicChargé d’une première inspection dans les fonds, le quatrième lieutenant revient, rassurant. En revanche, le charpentier surgit sur la passerelle, hors d’haleine. Il annonce d’inquiétants dégâts. L’eau pénètre avec violence dans les deux premiers compartiments. Smith appelle aussitôt Andrews sur la passerelle. Après une brève inspection dans les fonds, il ne peut dissimuler sa surprise. Il est aussitôt sans illusion. Avec l’invasion progressive des premiers compartiments, l’avant va s’enfoncer inexorablement. Les pompes ne feront que retarder l’échéance. Smith se mure alors dans un abîme de réflexion. Si une effervescence croissante se manifeste dans les fonds où les mécaniciens, les chauffeurs sont chassés par l’irruption de l’eau, en revanche, au niveau des premières et deuxièmes classes, tout semble absolument normal. Sur la passerelle, Smith prend des décisions. D’abord couvrir les feux, chasser la vapeur pour éviter une explosion des chaudières, tout en maintenant suffisamment de pression pour fournir  l’énergie aux pompes, à l’éclairage, au poste de TSF. Trois officiers sont chargés de préparer les embarcations. Le commandant se rend ensuite lui-même au poste de TSF et demande aux deux opérateurs d’expédier les signaux de détresse. Dans les coursives, les stewards alertent les passagers.

   3)Un navire insubmersible ?

ThesosLes passagers arrivent sur les ponts, au milieu d’un vacarme effrayant. La vapeur fuse avec une violence infernale par les conduits des cheminées. Personne n’envisage une tragédie. Tout le monde a le sentiment de vivre une aventure, d’obéir à une lubie ou plutôt à un souci de prudence excessif du commandant. Le Titanic ne peut pas couler. On s’interroge finalement sur l’utilité de cette promenade en mer, qui risque de se traduire par une fluxion de poitrine. Certains annoncent leur intention bien arrêtée de ne pas tenter l’aventure et se retirent dans le fumoir, le salon, le jardin d’hiver ou le café parisien. Les officiers eux-mêmes restent confiants. L’ingénieur principal lui-même estime contrôler la situation grâce à l’action des pompes. Le Titanic doit pouvoir survivre. Dans la cabine de TSF, la situation n’est pas particulièrement brillante. Trois navires seulement ont répondu aux appels de détresse : le Frankfurt qui n’a pas donné sa position, l’Olympic qui se trouve à 513 milles, le Carpathia enfin, à 58 milles, soit quatre heures de route. Smith invite alors Philips à lancer le nouveau signal de détresse prévu par la conférence de Berlin de 1906. A 0h45, intervient le premier SOS de l’histoire.

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