1)La genèse du film
Attendu à l’époque comme le messie, le film Super Mario Bros. (1993) fait désormais l’unanimité contre lui. Pourtant, sa genèse nous en dit long sur les rapports entre jeu vidéo et cinéma. Quand le réalisateur Roland Joffé (le réalisateur de La déchirure et Mission) décide de confier la réalisation de Super Mario Bros. à Rocky Morton et Annabel Jankel, il ne leur demande pas au préalable de prouver leur amour pour les consoles Nintendo, ni de leur raconter le dernier niveau de chaque jeu Mario. Sans être des fans absolus de jeux vidéo, Morton et Jankel ne viennent pas les mains vides sur le projet. Ayant déjà abordé la question de la relation entre réel et virtuel, ils reprennent les grandes lignes de leur œuvre précédente, dont on retrouve partout les traces dans le film.
2)Entre deux chaises
Tiraillés entre le film de commande dont le fondement culturel leur est étranger et la possibilité de faire leur propre cinéma, Jankel et Morton tentent vainement de concilier les deux. Super Mario Bros. n’est jamais le film d’auteur déjanté et radical que Morton et Jankel auraient pu livrer s’ils avaient eu les mains libres, contraints qu’ils sont d’amener des références aux jeux : le costume des plombiers (qui met une heure à faire son apparition, sous prétexte qu’il s’agit de la genèse de nos héros), les bottes à réaction qui leur permettent de sauter, Yoshi qui ne sert à rien, la musique d’origine qui nous est livrée en pâture au prégénérique… Plus les auteurs essaient de raccorder les wagons avec le jeu, plus ils s’en éloignent. Personne ne trouve son compte dans Super Mario Bros.
3)L’héritage du film
Contrairement aux comics et aux romans d’heroic fantasy, qui ont trouvé leurs équivalents esthétiques et narratifs, les jeux vidéo continuent de souffrir d’adaptations dans la lignée de Super Mario Bros. S’il a fait date en tant que « pire adaptation de tous les temps », Super Mario Bros. ne saurait être pris comme le contre-exemple des autres produits du même genre, qui en réalité lui ressemblent, de près ou de loin. Que reste-t-il aujourd’hui de cette superproduction de 42 millions de dollars ? Un échec financier, tout d’abord, qui sonna le glas pur et simple de la carrière de ses deux réalisateurs. Un désastre critique ensuite, ainsi que son reniement par les acteurs impliqués (dont Bob Hoskins qui interprète Mario) et par les pontes de Nintendo, Miyamoto en tête.