1)De la scène à l’écran
Au début des années 70, le cinéma de genre américain connait une étrange mutation. Les castings se colorent, les bandes originales se teintent de soul et de funk… La blaxpoitation fait ainsi ses premiers pas, dans le but de séduire un public afro-américain de plus en plus large. C’est au faite de ce phénomène que le producteur Ken Harper imagine une comédie musicale destinée aux planches de Broadway qui revisiterait Le Magicien d’Oz pour le remettre au goût du jour. Le spectacle The Wiz : The Super Soul Musical the Wonderful Wizard of Oz s’inaugure au Majestic Theatre de Broadway le 5 janvier 1975 et connait un tel succès qu’il reste à l’affiche pendant quatre années consécutives. Une adaptation su grand écran est envisagée en 1977, à l’initiative de Berry Gordy, alors à la tête de la division cinéma et télévision de la célèbre maison de disques Motown.
2)Jungle urbaine
The Wiz démarre dans un cadre contemporain et réaliste. L’originalité de l’approche consiste principalement à remplacer les décors de forêt féériques auxquels nous a habitués le classique de Victor Fleming par une jungle urbaine en décrépitude. Dans cette cité désaffectée, d’étonnantes idées visuelles ponctuent le film, comme les graffitis qui se réveillent pour prendre vie. Les nombreuses créatures qui hantent le film confiées aux bons soins de Stan Winston. Sous la supervision de Sidney Lumet, il s’éloigne du look traditionnel de l’Epouvantail, de l’Homme en fer blanc et du Lion pour proposer des designs inédits. A ces trois personnages clés s’ajoute la conception d’une armada de singes volants aux allures de primates casqués pilotant des motos très stylisées. Ces créatures permettent à Stan Wilson d’aborder pour la première fois les bases de l’animatronique.
3)Un accueil tiède
Malgré son originalité et ses partis pris souvent étonnants, The Wiz ne provoque pas l’enchantement escompté. Et de fait, le conte de fées se mue souvent en fable un peu sinistre, trop effrayante pour les enfants, mais trop simpliste pour les adultes. Le public ne s’y retrouve donc guère. The Wiz ne fera pas d’éclat au box-office, c’est le moins qu’on puisse dire. Rapportant à peine la moitié de son colossal budget, le film fait perdre de l’argent à la Motown et précipite même la fin de la vogue de lma blaxpoitation, dont il constitue l’un des derniers spécimens. Même la profession le boude quelque peu, ses nominations aux Oscars (meilleure direction artistique, meilleurs costumes, meilleure musique et meilleure photographie) ne débouchant sur aucune récompense. Témoignage exubérant d’une époque révolue, il se déguste aujourd’hui avec une pointe de nostalgie.