1)Introduction
Depuis quand n’a-t-on pas attendu un film de SF avec autant d’excitation et de fébrilité ? 1999 et Star Wars Episode 1 : La Menace Fantôme, très probablement. Pour les aficionados du genre, les promesses suscitées par Prometheus sont de ce calibre. Peut-être supérieure encore. Tout d’abord, Star Wars et Alien ont opposé, à la fin des années 70, deux visions différentes de la science-fiction. L’un, fresque galactique, assume son statut populaire. L’autre, plus sombre, revendique une approche adulte. Ensuite, George Lucas a fait l’erreur de vouloir garder jalousement le contrôle de sa seconde trilogie (avait-il oublié qu’en prêtant son jouet à Irvin Kershner, il avait offert, avec L’Empire contre-attaque, le meilleur épisode de sa saga ?), laissant la porte ouverte aux critiques et aux déceptions. Ridley Scott, plus de 30 ans après, a accepté de revenir aux sources de l’univers qui l’a rendu célèbre pour de bonnes raisons.
2)L’origine du projet
L’idée de donner une préquelle au film de 1979 a longtemps trotté dans l’esprit du cinéaste. Ce qui n’est encore qu’un concept prend forme en 2009 quand Jon Spaihs livre une mouture du scénario. Inconnu au bataillon, l’heureux élu s’est fait remarquer en soumettant une histoire baptisée Shadow 19 dans laquelle il est question de terraformation sur une planète lointaine. Tout pour plaire à Ridley Scott. Mais encore insuffisant pour le convaincre. Ayant peur de se répéter, il soumet le nom de Carl Rinsch pour le suppléer. La Fox, distributrice de la préquelle, est claire : ce sera Ridley Scott sinon rien. Ce dernier réfléchit, et pense un temps mettre en boîte deux films simultanément. Persuadé qu’un regard neuf est nécessaire, il fait appel à Damon Lindeloff, associé de J.J. Abrams sur la série Lost. Ridley Scott définit habilement une nouvelle orientation. Si l’indépendance est déclarée, l’air de famille ne peut être nié tant le cinéaste a tenu à jouer avec les codes de la franchise.
3)Le choix de l’équipe
D’abord dans le choix de son personnage principal. Lui qui a fait office de pionnier, en montrant que le courage et l’autorité n’étaient pas l’apanage du mâle, impose une héritière (et aussi une ancêtre si l’on s’en tient à la chronologie) à Ripley. Sigourney Weaver, elle-même, finira d’ailleurs par adouber le projet. Rapace, de son prénom Noomi, joue les nouvelles proies. Révélée aux yeux du monde grâce à son interprétation magistrale de Lisbeth Salander dans Millénium, elle parvient, par cette alchimie de force et de féminité, à convaincre le cinéaste. Autre élément constitutif de la saga : l’androïde. Impossible d’oublier la glaçante incarnation de Ian Holm dans Alien et celle, plus complice, de Lance Henriksen dans la version de James Cameron. Michael Fassbender (Magneto dans X-Men : le commencement) leur succède. Si le caractère ambigu du personnage reste un passage obligé, sa présence répond à la quête permanente de nouveauté.
4)La création d’une mythologie
Parmi les figures récurrentes de la franchise se pose également la manigance corporatiste. Celle qui se persuade que les aliens peuvent être domestiqués et utilisés comme une arme de guerre. Ian Holm incarnait ce cynisme dans le premier épisode, relayé dans Aliens par Paul Reiser, qui mentira sur ses intentions pour convaincre Ripley de retourner sur la planète de ses cauchemars. Dans Prometheus, Charlize Theron défend les intérêts de la compagnie ayant envoyé ce vaisseau dans l’espace. On y retrouve toute l’histoire de l’entreprise. A la fin du 21e siècle, grâce à tous ses investissements passés, la compagnie est en mesure de mettre sur pied un programme impliquant un voyage lointain dans l’espace. Le projet est baptisé Prometheus. Une référence directe au mythe de Prométhée, un titan qui vola le feu de l’Olympe pour l’offrir aux humains. Toute l’histoire de Prometheus est basée sur cette métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes, et de leur désir de se mesurer aux Dieux.